Enfants transgenres

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Ces enfants transgenres qui « ne sont pas nés dans le bon corps »

Ryan, Sade, Amya, se sentent appartenir au genre opposé à leur sexe physique. Une clinique pionnière de Chicago prend en charge dès l’âge de 3 ans, ces enfants qui n’entrent pas dans les cases.

De notre envoyée spéciale à Chicago

Sabrina a sorti les photos de classe de son fils, Ryan, depuis son entrée en maternelle. A 3 ans, c’est un petit garçon blond, aux cheveux très courts et au regard sérieux. Puis les cheveux s’allongent, retenus par une barrette. Les vêtements se féminisent. Sur le cinquième cliché, on voit une jolie fillette aux longues mèches blondes qui porte un chemisier ultra-girly.

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Ryan a aujourd’hui 11 ans. On la rencontre dans ce petit pavillon de la grande banlieue de Chicago, où ses parents se sont installés pour lui permettre de bénéficier d’une école plus tolérante que celle du quartier ouvrier où ils habitaient jusque-là. Dans cette salle de jeux remplie de poupées, de peluches et de bijoux, c’est une préado bien dans sa peau, potelée et volubile, qui adore les bracelets brésiliens et les soirées pyjamas avec ses copines. Elle dit juste qu’elle se sent comme « une fille dans son coeur et un garçon dans sa tête ». Pour ses parents, Ryan est une « tomgirl », une fille manquée, comme il existe des « tomboys », des garçons manqués, insiste Sabrina, qui considère que leur enfant se situe dans « une zone grise » :
Aujourd’hui, elle se comporte en fille, mais, contrairement aux enfants transgenres, elle ne rejette pas son sexe. On l’aime et on la soutiendra, quoi qu’elle choisisse. Mais personne ne sait comment elle évoluera. »

Ryan est suivie au Lurie Children’s Hospital, le grand hôpital pédiatrique de Chicago, au sein du service spécialisé « dans le genre et la sexualité » créé il y a un an par le docteur Robert Garofalo. Sa clinique, la quatrième de ce type aux Etats-Unis et la première du Midwest, prend en charge soixante-quinze enfants qui, comme Ryan, présentent une « dysphorie du genre », le terme utilisé aux Etats-Unis pour parler de ceux qui ne se sentent pas en adéquation avec leur sexe de naissance.

Un petit garçon qui aime porter des robes

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De jeunes garçons qui se comportent comme des petites filles, des petites filles qui veulent vivre comme des garçons et, entre les deux, toute une palette de nuances. Le plus jeune a 4 ans. C’est un petit garçon d’origine hispanique qui aime porter des robes, terriblement malheureux depuis que son père lui a coupé les cheveux. Un autre, à 13 ans, hésite sur son identité : un jour il se sent fille, le lendemain, garçon.
Et pourquoi pas ? Nous leur disons que ce n’est pas grave, affirme le docteur Scott Leibowitz, pédopsychiatre. Nous leur expliquons qu’ils peuvent être qui ils veulent, et que cela ne doit surtout pas affecter les autres aspects de leur vie. »

Ici, on considère le genre comme un spectre large, une entité « fluide », qui évolue dans le temps, et ne se laisse réduire à aucune case…
Notre monde nous enferme dans des concepts binaires. Il faut être un homme ou une femme, un mâle ou une femelle. Mais de nombreux enfants n’entrent pas dans ces cases. Cela met les gens mal à l’aise, mais c’est comme ça ».

Dans l’équipe du « docteur G. », comme l’appellent affectueusement ses patients, un pédiatre, une assistante sociale, un endocrinologue, un pédopsychiatre et une psychologue proposent une approche pluridisciplinaire, avec toujours, en toile de fond, une immense bienveillance.

Evidemment, vue des Etats-Unis, la polémique française sur le genre paraît complètement désuète. N’en déplaise à ceux qui s’indignent qu’on puisse simplement questionner la frontière entre les sexes et refusent qu’on diffuse dans les écoles – et même à la télévision ! – un film comme « Tomboy », portrait sensible d’une petite fille garçon manqué, cette approche psychorigide est totalement hors de propos.

 

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