Témoignage : Stéphanie, transgenre

sissy

Pour tous, elle était un garçon. Mais à 16 ans, elle a pris en main son destin de transgenre. Trois ans plus tard, Stéphanie est amoureuse et épanouie.

« Lors de notre première rencontre, Stéphanie est encore mineure et c’est Sam, sa petite amie, qui vient me chercher à la gare d’Evreux. La voiture s’arrête devant un immeuble modeste qui fait face à une série de HLM sans âme. Débardeur rose à dentelle, pantalon noir, Stéphanie me sert un verre d’eau sur la nappe cirée bleue où scintille un photophore. Sur le carrelage blanc, un lapin trottine. « Viens là, Ethan, viens petite. » Stéphanie se retourne, amusée. « C’est une fille, mais on ne savait pas au début. »L’histoire de sa vie. Stéphanie a emménagé avec Sam avant l’été dans cette petite ville de Normandie. Elle a laissé derrière elle Chalon-sur-Saône et ses souvenirs. Deux ans plus tôt, elle était encore un garçon. En tout cas pour les autres. Elle a toujours su que quelque chose n’allait pas, que cet ado timide et réservé qu’elle était n’avait pas adopté un look androgyne sans raison. Le malaise était là, un doute, une boule au ventre. « Plus la puberté avançait, plus j’étais mal. Gothique au collège, anorexique en seconde, boulimique en première… » Stéphanie parle doucement, d’une voix légèrement voilée, un discret bégaiement vient rythmer ses explications. « J’ai eu une relation gay, j’ai vu que ce n’était pas ça. Je ne pouvais pas avoir une sexualité en tant qu’homme, tout simplement. Ça m’a aidée à y voir plus clair. »

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C’est finalement sur Internet, au cours de son année de première, qu’elle trouve des réponses et comprend qu’elle n’est pas seule. À 16 ans, elle met des mots sur son mal-être. Dysphorie de genre. Fille dans sa tête, garçon dans son corps : Stéphanie en était là. Entamer une transition est un processus complexe et douloureux. En France, près de sept trans sur dix entre 16 et 26 ans ont déjà pensé au suicide et 34 % ont tenté de passer à l’acte, révèle une enquête menée par deux assos, Homosexualités et Socialisme (HES) et le MAG, un mouvement de jeunes LGBT. Aux États-Unis, où le sujet est pris au sérieux depuis longtemps, les chiffres qui émergent du National Center for Transgender Equality ne sont pas plus rassurants : 78 % des mineurs transgenres ont reconnu avoir été harcelés, 1/3 a été victime de violences physiques à l’école. Addictions, automutilations et boulimie ne sont pas rares chez ces ados à la recherche de modèles et de repères. Stéphanie voit une psychiatre pendant un an sur les conseils de sa mère, déstabilisée par la situation : « J’ai perdu mon temps. » Dans sa famille, c’est Odile, sa grand-mère qui accueille le mieux la nouvelle. L’ancienne institutrice de 72 ans devient son principal soutien et sa confidente. Stéphanie lui écrit de longs mails dans lesquels elle détaille les plats que sa boulimie la pousse à ingurgiter. Odile veut l’accompagner, l’aider à se révéler. Début 2012, elle propose un acte symbolique : un nouveau prénom. La grand-mère baptise la petite-fille.

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