Fille ou Garçon mon sexe n’est pas mon genre

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Ils sont nés femmes mais vivent aujourd’hui comme des hommes. Portraits croisés de quatre “transboys” ou trans’ FtM.

Kaleb a une trentaine d’années. Après avoir fait le choix de “transitionner” (passer du féminin au masculin), il participe à des ateliers pour s’approprier sa masculinité.

Lynn, lui, n’a jamais suivi de traitement hormonal. Il s’est autoproclamé “homme” et le revendique dans un one-man-show.

Miguel, qui a collé des photos du temps où il s’appelait encore Maria sur tout un mur de son appartement, participe à des manifestations transgenres en regrettant que la société l’oblige à se définir en tant qu’homme ou femme, sans nuance possible.

Quant à Rocco, il vit une relation avec Katie, une lesbienne que les passants prennent souvent pour un trans’…

À Paris, New York, San Francisco et Barcelone, la réalisatrice est allée à leur rencontre pour décrypter cette “expérience particulière de la masculinité” et les difficultés qui lui sont liées : comment concilier masculinité et convictions féministes ? Comment faire face à la violence, à l’incompréhension, et au besoin, profondément ancré dans la société, de catégoriser les personnes et les comportements ? Et comment dompter son désir d’enfant quand la législation française impose d’être stérilisé pour changer d’état civil ?


«Je veux qu’on me prenne pour une femme»

Transsexualisme. Dans un livre à paraître demain, Marie raconte son combat pour échapper à la souffrance des années où elle s’appelait Marc. Un récit sans concession.

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Une silhouette longiligne moulée dans un jean qui trottine sur des bottines. Des cheveux relevés. Des yeux bleus. Un maquillage léger. Elle dit : «Bonjour, je suis Marie.» La voix est grave, «mais pas plus que celle de ma dentiste», siffle celle qui, il y a encore cinq ans, s’appelait Marc. Marie, c’est l’histoire d’une transsexuelle, née de sexe masculin le 2 août 1959 à Paris, qui vient de plaquer la capitale pour poursuivre en province une vie de roman. Une enfance de garçon et de douleur, une adolescence de fugueur, une vie d’adulte comme DJ à Saint-Germain-des-Prés, où folles, trans et travelos mènent la danse. Des jeunes années qui dérapent dans la dépression, la prostitution, la précarisation. La souffrance d’avoir une bite quand on rêve d’une chatte. La rémission par un boulot d’aide-soignante. Et surtout une opération qui fera de Marc une Marie, qui après des années de combat publie demain aux PUF Mémoires d’une transsexuelle, la belle au moi dormant sous le nom de Marie-Edith Cypris (1).

Le récit de 300 pages est cru comme les histoires de cul. Truffé d’autodérision à l’image de son auteure. Erudit comme quand elle interroge les questions de genre et d’identité sexuelle. Révolté, souvent, contre les associations militantes de la cause trans qui usent d’un vocabulaire «victimaire, pleurent sur leurs épaules mutuelles, voient de la transphobie partout. Moi, je voulais témoigner, partager, secouer.»